Estrosi vs Ciotti : le serpent et la colombe ?

Le microcosme politique local est rentré en agitation après la lettre ouverte que Christian Estrosi a envoyé à Eric Ciotti pour "apaiser les relations " dan l'intérêt de Nice et du département. Comment juger cette initiative après une longue période de "guerre froide" - devenue "chaude" à force de coups bas réciproques- entre les deux leaders de la droite maralpine , alliés pendant très longtemps et aujourd'hui rivaux ? En fait, les dernières semaines ont été théâtre d'accusations croisées entre l'auto-proclamation de Eric Ciotti comme modèle de gestion des finances publiques et le choix assumé de Christian Estrosi de l'investissement par la dette comme levier de croissance. La fable de la cigale et de la fourmi, qui parfois a frôlé le ridicule par l'absence de réels éléments de doctrine économique pour soutenir une thèse plutôt que l'autre. A lecture de cette lettre, on pourrait en déduire que Christian Estrosi offre un pacte de non belligérance sur la base : à moi la mairie de Nice et la Métropole, à toi le département et la politique nationale, avec à la clé l'option d'un strapontin ministériel au cas que les Républicains puissent en 2022 reprend la présidence de République. Le problème semblerait ainsi simple si les deux hommes ne misaient la même place, celle de maire de Nice que Christian Estrosi occupe depuis 2008 et qui n'a aucune intention d'abandonner lors des élections municipales de 2020 et que son ancien bras droit ambitionnerait également, comme son action fait aisément comprendre. En fait, deux personne pour la même place, ça fait un de trop !

Par ailleurs, dans le temps , les deux hommes politiques ont bien appliqué le précepte " si vis pacem, para bellum" ( Epitome rei militaris) et ont poussé leurs pions dans le domaine de pertinence de chacun.

Tout d’abord, Christian Estrosi a formé au Conseil Départemental , le groupe " Alpes-Maritimes Ensemble" présidé par Joseph Segura et qui comprend 17 membres issus des cantons métropolitains , ensuite Eric Ciotti en a organisé un de fait au Conseil Métropolitain en regroupant quelques élus et maires autour de Xavier Beck, maire de Cap d’Ail et Premier Vice-Président du département, dont Christelle d’Intorni , maire de Rimplas, est la canonnière en chef.

La riposte de Christian Estrosi n’a pas tardé : hier, au Conseil Métropolitain un nouveau groupe s’est constitué, Métropole Solidaire, présidé de Dominique Estrosi-Sassone . Il regroupe plus de 60 conseillers élus , tous soutiens de Christian Estrosi. Une manière de faire peser le rapport de force même si les Maires en sont absents pour respect à leur rôle de membres du Conseil des Maires où, au moins en apparence, chacun compte pour un. Mais même en ce collège , son président jouit d’une très large majorité ( 4 maires seuls peuvent être comptabilisés comme dissidents, même si certains devraient s’inscrire dans la catégorie des "tangueros").

De plus, le récent épisode des élections départementales de 13 octobre, à l’occasion de la quelle Eric Ciotti a succédé à Christian Estrosi et pris en main l’appareil local du parti, avec la surprenante affirmation des candidats d’observance ciottiste dans les trois circonscriptions niçoises et contestée par les estrosistes au vu des résultats éclatants qui pourraient laisser supposer des irrégularités , a mis de l’huile sur le feu dans les rapports entre les deux hommes et leurs entourages respectifs.

Pour en terminer, on doit rappeler que , alors qu’ Eric Ciotti est le zélé support de Laurent Wauquiez au sein de Les Républicains et partisan d’une droite "dure" anti-Macron, Christian Estrosi a choisi une option "neutre" vis-à-vis de la politique gouvernementale , en fondant et co-présidant le mouvement "La France Audacieuse ".
Mais si la politique est "l’art du possible" et l’ennemi d’un jour peut devenir l’allié du lendemain , le pouvoir ne se partage pas.

Alors, Christian Estrosi n’appliquerai pas l’expression de l’Evangile " soyez rusés comme des serpent et doux comme des colombes" ( Mathieu 10:16) ?

En tendant la main de la réconciliation à Eric Ciotti ne serait-il pas dans la posture de celui qui veut la paix contre celui qui devra la refuser s’il ne veut pas abandonner ses ambitions pour la mairie de Nice. Parce que l’option inverse, Christian Estrosi qui laisse sa place à Eric Ciotti parait franchement à exclure.

Quelle conclusion ? La suite des faits nous le dira. Dans cette attente, on pourra toujours réfléchir à l’expression de Sun Zi dans son traité : "L’art de la guerre c’est soumettre l’ennemi sans combat".

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