Des plats à la carte (judiciaire) plutôt qu’un menu imposé...

Les Français veulent que ça change. Ils le disent régulièrement dans les sondages. Ils l’ont traduit dans les urnes il y a un an en désignant celui qui leur a promis, après tant d’années d’immobilisme et de petits bricolages, d’enfin "moderniser" le pays.
Les voilà donc servis. Les réformes vont si bon train - pas comme à la SNCF - qu’elles s’enchaînent à un rythme qui provoque maintenant des embouteillages au palais Bourbon. Faute de créneau disponible, le projet de loi PACTE a ainsi été retardé de quelques semaines.

Car le gouvernement sait qu’il a finalement peu de temps pour faire avancer le Schmilblick. Son autorité ira forcément en s’amenuisant au fur et à mesure qu’il rencontrera des difficultés, que les sondages traduiront une usure, que les élections intermédiaires lui seront plus ou moins favorables. Alors il va "en avant toute", pour être en mesure, l’heure venue, de dresser un bilan présentable de son action.

Il manque pourtant un élément important pour obtenir une adhésion forte sur le fond de ces réformes que chacun juge nécessaire. Il s’agit d’une vraie concertation avec les "forces vives" qui font le pays. Les chantiers de la Justice sont à cet égard révélateur d’une volonté, sinon de passage en force, du moins de rouler à toute berzingue sans prendre en compte les avis de ceux qui la pratiquent au quotidien. Qui disent le Droit, qui règlent les problèmes de la société par des débats contradictoires lors desquels chacun est libre de s’exprimer...

C’est tellement vrai que les "robes noires" ignorent à peu près tout du contenu de la réforme qui va pourtant bouleverser en profondeur le paysage juridique et judiciaire de notre pays. Elle est préparée dans les cuisines des cabinets de la Chancellerie sans que les professionnels aient leur mot à dire sur les ingrédients. Nicole Belloubet s’apprête à livrer ses plats sans même que les professionnels aient pu discuter auparavant du menu.

Écouter tout le monde est bien sûr le meilleur moyen de ne rien faire. Mais entre la fermeture des écoutilles et un dialogue constructif, il y a encore de la place pour enrichir le projet, l’améliorer, conserver pour les justiciables des garanties qui semblent s’évaporer.

Une démocratie ne fonctionne réellement qu’avec la participation du plus grand nombre. Cela fait défaut actuellement. On a un sentiment de passage en force.
Après le décrochage déjà constaté dans les zones rurales, auprès des retraités et d’autres déçus du Macronisme, après les grèves et autres manifs, il ne suffira pas d’aller dans une école primaire pour faire la leçon...

Jean-Michel Chevalier, Les Petites Affiches

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