Cochez, misez, souriez...

En 2001, la française des jeux a lancé le petit frère du Loto. Toutes les cinq minutes, le Rapido peut rapporter jusqu'à 100 000 euros. De nombreux addicts, envahissent tout au long de la journée les lieux de jeu, à savoir les bars... Portrait d'une accroc au Rapido.

Ses mains tremblent. Elle a tout perdu. Elle a poussée la porte du Gaulois à 8 heures ce matin : “Il y a moins de monde, c’est plus tranquille. Et puis surtout, on a plus de chances de gagner...”, confie cette habituée. C’est la panique, Maryse fouille désespérément dans son sac. Elle vérifie qu’elle n’a pas oublié quelques euros qui pourraient lui rapporter beaucoup. Elle ne trouve rien.

Cette sexagénaire, veuve depuis peu, a “découvert” le Rapido après la mort de son mari. “Pour me changer les idées, mes amies m’ont un jour emmenée dans un bar pour me montrer leur jeu favori, et j’ai joué. Je m’y suis tellement régalée, que j’y suis retournée. Depuis je viens pratiquement tous les jours.” Annie est passionnée, ou plutôt dépendante du jeu.

Persuadée d’être née sous une “bonne étoile”, elle explique avoir “remporté 1000 euros une fois !”. Elle ne révèle cependant pas le montant de ses pertes : “je ne sais pas, je n’ai pas l’impression d’avoir beaucoup perdu.” Bilan à faire sur deux ans, à raison de 5-6 visites par semaine. Mutine, à ses poignets tintinnabulent patte de lapin, gri-gri, et petit trèfle doré. La fièvre de gagner lui illumine les yeux : “A chaque fois que la télé donne les résultats, j’ai le cœur qui accélère.”

Le principe est simple. Il faut cocher 8 chiffres entre 1 et 20, dans une première colonne, puis un seul dans la deuxième série. Et attendre le verdict. Les chiffres s’enchaînent , chacun d’eux lui coupe le souffle, et le dernier ne lui donne même pas le goût de l’échec, déjà elle rebondit sur : “la prochaine fois sera la bonne !”. Maryse, avec un petit clin d’oeil malicieux.

“C’est vrai que j’y laisse une certaine somme chaque semaine, mais c’est sûrement moins cher que la séance de psy. Je ne trouverais rien à dire, sur un divan à côté d’une chaise habitée par un sourd-muet... Bouche et pommettes vermillons “très bonne mine”, donnent un petit air enfantin à la silhouette drapée d’une étole de renard d’un autre âge. “Et puis ça me fait plus de bien... Et puis c’est pas la solution non plus...”
Cette sympathique grand-mère analyse de façon très consciente sa dépendance au jeu, mais n’a pas pour autant les clés de sa guérison.

Des flopées de clones de Maryse, patientent tout aussi attentifs, face à leur exutoire télévisé. Chacun dans sa bulle, aucun mot échangé, et tous sur le point de gagner, bien sûr.

N.D

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