Une vision européenne mais des problèmes à résoudre ici

Il est encore trop tôt pour juger des effets du plan de réformes que le gouvernement a lancé. Mais s’il devait y avoir un seul reproche à faire à Emmanuel Macron, ce ne serait pas celui de manquer de vision et de souffle dans ses propositions.

La semaine passée, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, il s’est livré à un plaidoyer enflammé en faveur de l’Europe. Avec des accents à la Danton, il a réclamé "de l’audace". Tel un Mélenchon en verve, il a annoncé sa volonté de "rendre au peuple" ce projet commun, en partie confisqué par l’euro-technocratie et critiqué par les populistes.

Assez incompris en tout cas par les citoyens, qui le ressentent davantage comme une ingérence dans les affaires nationales et comme une contrainte, plutôt que comme un nouvel horizon pour notre génération et celles à venir.

Il y avait longtemps qu’un chef d’État ne s’était pas mouillé à ce point pour cette Europe en mal d’elle-même, qui voit avec le piteux Brexit partir un partenaire de poids, et qui redoute maintenant que d’autres pays ne se dirigent aussi vers la sortie.

Que ce soit le président de la République qui batte le rappel est logique, eu égard à l’investissement de la France dans l’Union. Il le fait, ce n’est évidemment pas un hasard, au moment où l’extrême droite allemande entre auBundestag pour la première fois depuis la fin de la guerre.

Mais sa volonté de relancer la machine européenne n’a de chance d’aboutir que si la chancelière se montre accommodante, ce qui n’est pas garanti, même si elle a envoyé vers Paris quelques signes positifs après le discours de la Sorbonne. Il faudra aussi agréger les autres pays à ce projet européen revu et corrigé.

Macron a désigné les principaux chantiers à ouvrir : intégrer totalement les marchés français et allemands "en appliquant les mêmes règles à nos entreprises, du Droit des affaires au Droit des faillites", assurer une convergence fiscale et sociale pour sortir des bisbilles du travail détaché et du plombier polonais, créer une Défense commune qui permettra aussi d’avoir une vraie diplomatie.

Autant d’outils qui permettront de lutter à armes égales avec la Chine et les États-Unis, en embuscade, qui ne rêvent pour leurs entreprises que de voir s’effondrer économiquement le vieux continent.

Dans cette mondialisation, STX, Alstom et les autres n’ont d’autre possibilité que de passer sous le pavillon bleu étoilé plutôt que de s’accrocher à leur ADN national, trop étriqué désormais pour leur assurer de rester dans la cour des grands.

Politiquement, ce message de bon sens ne pourra passer chez les Français que si des résultats concrets sont obtenus sur le front du chômage et du pouvoir d’achat.

Jean-Marie CHEVALIER, Les Petites Affiches

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