Box-office : Les gardiennes de Xavier Beauvois

Ce superbe drame rural chronique la vie des femmes dans les campagnes en 1915, pendant que les hommes combattent sur le front lors de la Première Guerre mondiale. Xavier Beauvois prend la mesure du temps et de sa perception et signe un septième et superbe long métrage, Les Gardiennes (avec Nathalie Bay et Laura Smet) , hommage aux femmes des soldats de la guerre de 14-18. La narration linéaire, l'image très picturale et la mise en scène sobre et précise renvoient à une représentation du monde en phase avec ce beau film sombre et lumineux, récit de règles et de servitudes dans lequel l'individu ne saurait prendre le dessus. Le cinéaste, loin de l’injonction con­témporaine d’efficacité , croit à la durée, aux silences, à l’expressivité des plans — paysages, natures mortes, fragments de corps —, indépendamment des dialogues. Ils sont rares, aujourd'hui, les films qui osent prendre leur temps et développer leur trame narrative progressivement, en approfondissant l'environnement et en posant les situations.

1915, à la ferme du Paridier, les femmes ont pris la relève des hommes partis au front. Leur vie est rythmée entre le dur labeur et le retour des hommes en permission. Hortense, la doyenne, engage une jeune fille de l’assistance publique pour les seconder.

Des femmes dans une ferme, il y a un siècle, pendant la Première Guerre mondiale c’est s’embarquer, à tous égards, pour un voyage dans le passé. Le monde représenté, la vieille paysannerie française, est presque effacé.

Peu à peu, la singularité du film se déploie : cette parenthèse hors du temps, pendant des saisons, des années.

Xavier Beauvois et son opératrice Caroline Champetier filment magnifiquement les visages : Laura Smet (la fille aînée), Cyril Descours (le fils cadet) n’ont jamais paru aussi vulnérables et vrais. Dans le rôle de l’orpheline, la débutante Iris Bry, mélange de modestie et d’éclat, devient, irrésistiblement, la véritable héroïne des Gardiennes.
c’est à elle que revient d’incarner, en quelques scènes lumineuses, l’émancipation à venir des femmes et, à la fin de cette guerre, le retour impromptu de la joie.

L’auteur du roman adapté (1) , Ernest Pérochon (prix Goncourt en 1920 pour un autre livre, Nêne), a sombré dans l’oubli.

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