Box-office : Sofia de Maryem Benm’Barek

Sofia est une jeune fille qu'on découvre alors qu'elle est sur le point d'accoucher d'un enfant hors mariage, ce qui est prohibé par la loi marocaine. Après un déni de grossesse , on suit son calvaire à travers Casablanca : rejet de la famille, cynisme des autorités administratives. Mais Sofia dit-elle la vérité ? Portrait au vitriol d'une société régie par la convenance et l'argent.

Ce premier long métrage de Meryem Benm’Barek était l’une des plus belles surprises du dernier Festival de Cannes (section Un certain regard). Et quelques mois après, ce portrait d’une ville, d’une société reproduite dans la bulle familiale, est toujours saisissant.

Un film âpre et direct qui, sous couvert de s’intéresser à la condition de la femme au Maroc, trace avant tout le portait d’un pays en proie à une sévère fracture sociale. Sofia impressionne par l’habileté avec laquelle l’événement intime qu’il met en scène révèle la société entière à elle-même.

Haletant du début à la fin, vibrant, parfois éprouvant, « Sofia » se regarde comme un thriller. Mais le film raconte aussi avec finesse le piège dans lequel se retrouvent des jeunes femmes à cause de la loi ou d’enjeux familiaux qui se révèlent parfois plus violents encore.

C’est avec cette part d’opacité irréductible que Meryem Benm’Barek échappe au propos convenu ou à une dramaturgie prévisible et fait du bon cinéma et casse les représentations trop naïves habituellement à l’écran dans le cinéma marocain.

Pour un coup d’essai, c’est virtuose. Surtout, ce que "Sofia" offre de plus remarquable, c’est la mise en scène qui allie puissance et subtilité et n’est pas sans rappeler les meilleurs longs-métrages d’Asghar Farhadi, expert en dentelle scénaristique.

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