Box-office : Un peuple et son Roi de Pierre Schoeller

Un peuple et son roi, c'est l'histoire de deux entités irréconciliables, qui peu-à-peu vont divorcer. Il faut que l'un meure pour que l'autre vive : "Louis doit mourir pour que la patrie vive". C'est Robespierre, interprété par un sobre et excellent Louis Garrel, qui exprime, dans un discours qu'il a réellement prononcé en 1792, Les deux mondes sont inconciliables, l'ancien et le nouveau régime. C'est une passation de pouvoir, inéluctable, inexorable. De ce jeu de pouvoir, décisif, Pierre Schoeller fait le sujet de son film. La mise en scène suggère déjà les paradoxes, les difficultés d'un pouvoir royal à bout de souffle.

Bien entendu en 1789 quand tout commence, c’est un roi et son peuple, c’est cette hiérarchie immuable qui prédomine depuis des siècles. Mais en 1792 lorsque Louis XVI ( un remarquable Laurent Laffitte) monte sur l’échafaud, c’est un peuple et son roi, jusqu’à le tuer. En 3 ans, le rapport de force s’est inversé.

Aux scènes avec le roi s’opposent les scènes avec le peuple. On découvre ainsi le coeur de la Révolution parisienne avec le quartier du Faubourg Saint-Antoine aux pieds de la Bastille, historiquement c’est un des foyers de la Révolution avec les émeutes Réveillon, une manufacture du quartier en 1789.

Pierre Schoeller veut remettre le peuple au coeur de la révolution : un verrier (Olivier Gourmet, parfait comme à son habitude) qui travaille dans l’ombre de la forteresse de la Bastille, des lavandières (Adèle Haenel, Isia Higelin, Céline Sallette), des orphelines, des filles de rien, des garçons pauvres et sales, souvent illettrés. Eux aussi sont pris dans les soubresauts de la Révolution.

On trouve aussi de nombreux révolutionnaires que l’on prend plaisir à suivre dans leurs tractations à l’assemblée constituante : le terrible Marat - presque terrifiant (Denis Lavant), l’éloquent Danton, l’absolutiste Saint-Just, le flegmatique Robespierre. Les figures défilent à la barre, dans la confusion logique de l’époque, et se déchirent sur le sort de Louis XVI.

Les séances à l’Assemblée sont d’ailleurs assez passionnantes puisqu’on suit différentes visions de la République et de la Révolution sans que personne ne parvienne à la stopper ou à se modérer dans les faits. Il y a la théorie, les beaux discours, et la réalité.

Le film ne juge pas. C’est louable. La Révolution est une machine qui s’est emballée, dépassant ses partisans et ses créateurs.

La mise en scène est somptueuse : éclairage à la bougie, costumes et décors très réalistes, très documentés. Tout regorge de détails qui rendent vivant l’ensemble.

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