Les chroniques cannoises de Patrick Mottard

Ce jour deux feel-good movies sur la Croisette : un russe et un égyptien, tous deux de grande qualité. Nous n’avons pas boudé notre plaisir.

LETO (L’été), Kirill Serebrennikov (Russie)

Leningrad. Un été au début des années 80. En amont de la perestroïka, on est encore sous Brejnev même si le corset stalinien de la vieille URSS commence à se desserrer. Une scène rock inspirée par Lou Reed et T.Rex commence a émerger. Mike, rocker confirmé facilite l’émergence du talentueux Viktor Tsoï sous les yeux de Natacha, sa femme troublée (et même un peu plus ) par le nouveau venu.

Ce film en noir et blanc pour l’essentiel, à la mise en scène très originale (scènes oniriques sous forme de vieux clips) est plein d’énergie, d’humour et de décibels. La critique du vieux monde est subtile mais efficace et son aspect documentaire exotique est passionnant.

Mais c’est aussi et peut-être surtout une superbe histoire d’amour entre les trois personnages principaux, une sorte de Jules et Jim pudique et rock and roll au bord de la Neva.

Mais ne nous y trompons pas : la Russie d’aujourd’hui n’est qu’un replâtrage de la vieille URSS stalinienne. Le talentueux réalisateur Kirill Serebrennikov n’est pas à Cannes. Il est en résidence surveillée depuis 9 mois dans son appartement moscovite pour détournement de fonds... L’accusation classique du pouvoir contre les opposants !

YOMEDDINE, A.B Shawky (Egypte)

Yomeddine est un road movie improbable au milieu du désert égyptien avec Beshay un lépreux guéri mais au corps martyrisé par la maladie et Obama (comme celui de la télé ! dit-il ) un jeune orphelin noir. Beshay veut retrouver cette famille qui l’a abandonné enfant. Après de nombreuses aventures jamais misérabilistes et souvent picaresques, retrouvera-t-il sa famille ?

A.B Shawky, jeune réalisateur de 33 ans dont c’est le premier film (un candidat sérieux à la Camera d’Or) signe un film plein d’humanité qui fait d’autant plus l’éloge de la différence que dans cette Egypte arabe et musulmane (dont l’arrogance affleure au fil des scènes et des rencontres), Beshay est un coopte chrétien et Obama un Nubien noir de peau.

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