Les chroniques cannoises de Patrick Mottard

Aujourd’hui nous attendions Godard... Enfin, le vrai Godard, celui d’À bout de souffle, du Mépris et de Pierrot le fou (l’affiche 2018 du Festival). Pas l’auteur de ce salmigondis titré Le livre d’image qui nous a été servi en guise de petit déjeuner dès 8h 30 du matin. Et, contre toute attente, ce fut Qiao, l’héroïne du film chinois Les éternels qui sera notre coup de coeur du jour.

LE LIVRE D’IMAGE, Jean-Luc Godard (Suisse)

Pour qualifier ce film, j’ai envie d’emprunter l’anaphore que Dominique utilise parfois dans ses discours : "De qui se moque-t-on ?". Le livre d’image est un collage de séquences de films sans queue ni tête accompagné d’effets sonores intempestifs surlignés par un commentaire nasillard du réalisateur lui-même. 1 h 25 de scènes de guerre, de montages psychédéliques et de... trains (ce qui en pleine grève de la SNCF est osé !). Cela dit, il est possible qu’admirateur de cinéastes commerciaux comme Antonioni, Bergman, Wenders, Tarkowski ou Terence Malick, je n’aie pas le niveau.

Si vous voulez à tout prix en savoir plus sur Godard mieux vaut voir ses premiers films (ceux cités ci-dessus) ou déguster Le redoutable la biographie iconoclaste et drôle du maître proposé à Cannes l’an dernier par Michel Hazanavicius.

LES ÉTERNELS (Jiang Hu er Nv), Jia Zhang-Ke (Chine)

De 2001 à 2018, l’histoire d’amour contrariée (une de plus dans ce Festival) de Qiao, fille de mineur, et de Bin un des petits chefs de la pègre locale de Datong, une ville de province en pleine mutation économique. Pour lui, elle fera cinq ans de prison et sera bien mal récompensée. Mais, tout en restant elle-même, fidèle à son code moral, elle va relever le défi de cet amour à l’image d’une société gangrénée par la lâcheté et l’arrivisme. Non sans se brûler les ailes.

J’avais découvert Jia Zhang-Ke à Cannes en 2008 avec 24 City un quasi documentaire sur une ville minière rachetée par les promoteurs immobiliers. Le réalisateur reprend la thématique de la mutation brutale de son pays et l’utilise comme toile de fond de cette histoire d’amour si déséquilibrée entre Qiao et Bin.

Au-delà de cette histoire forte et de ce témoignage politique très pointu, on est également ébloui par le style du réalisateur qui a une façon bien à lui de filmer les foules et les groupes en individualisant ceux qui ne pourraient être que de simples silhouettes. Du coup vous devenez un spectateur-protagoniste.

Quant à l’actrice Zhao Tao, n’en doutons pas : c’est un prix d’interprétation féminine en puissance.

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