Festival de Cannes : on se lève tous pour Maren

Un fin de semaine avec une programmation riche et intéressante. Standing ovation méritée ce samedi : on s'est tous levés pour applaudir l'équipe du film allemand Toni Erdmann de la réalisatrice Maren Ade.

Mademoiselle, Park Chan-Wook, Corée du Sud

En Corée dans les années 30 pendant la colonisation japonaise, une jeune femme, Sookee (Kim Tae-Ri), est engagée comme femme servante d’une riche Japonaise (Kim Min-Hee) vivant recluse dans un immense manoir. Mais en réalité, Sookee a un secret pas forcément très avouable.

Comme souvent avec les films asiatiques, pour des raisons culturelles et esthétiques, il est un peu difficile de rentrer dans l’histoire de Mademoiselle. Mais passée la première demi-heure, on est séduit par un scénario qui ne ménage pas de très nombreux rebondissements et une histoire d’amour très sensuelle. Les scènes d’amour physique entre Sookee et Hideko ne sont d’ailleurs pas sans rappeler celles de La vie d’Adèle de Kechiche.

The BFG, Steven Spielberg, USA (Hors compétition)

Sophie, une petite fille, se trouve entraînée dans un univers fantastique où, aux côtés d’un Bon gros géant végétarien (vu la tronche des légumes qu’il ingurgite, il est peut-être même bio...), elle se trouve confrontée à une bande de super géants tout à fait prêts à la transformer en apéricube.

Un film familial avec une première partie relativement plate mais qui s’anime progressivement quand la petite Sophie et le BGG (Bon gros géant, titre français) ont la bonne idée de demander l’aide de la reine d’Angleterre. Là ça devient assez drôle. Sans plus.

Toni Erdmann, Maren Ade, Allemagne

Ines travaille dans une grande entreprise allemande basée à Bucarest, spécialisée dans les relocalisations et les plans sociaux. Très ambitieuse et dénuée de scrupules , elle ne vit que pour sa réussite professionnelle . Son père Winfried , bohème et farceur, débarque à l’improviste et la provoque en inventant un personnage, le facétieux Toni Erdmann qui, avec sa perruque et ses fausses dents va se trouver régulièrement sur son chemin. Il met surtout en péril l’équilibre de sa vie en lui posant la question essentielle pour lui : « Es-tu heureuse ? »

Le face-à-face entre cette fille qui oublie de vivre et ce père qui croit encore au bonheur (servi par l’interprétation impeccable de Sandra Hüller et de Peter Simonischek) est fascinant. Parsemés de morceaux de bravoure, les quasi trois heures du film défilent sans ennui.

La fin est superbe car elle refuse tout manichéisme. Le père lui-même reconnaît que, toute notre vie, nous sommes happés par des tâches qui nous éloignent du bonheur. Et il n’y a pas grand-chose à faire pour éviter cela. Peut-être quelques ruptures qui peuvent se transformer en respiration, justement celles que sait si bien s’imposer Toni Erdmann.

Ma Loute, Bruno Dumont, France

Ma LouteEn 1910, Baie de la Slack dans le Nord de la France, de mystérieuses disparitions mettent la région en émoi. L’énorme inspecteur Machin et son second Malfoy enquêtent en zigzaguant entre une famille de pêcheurs locaux et des bourgeois lillois et riches en vacances dans le coin.

Dans le prolongement de son excitante mini série P’tit Quinquin (Arte), Bruno Dumont installe définitivement dans notre logiciel cinéphilique un nouveau genre : le polard poilant ch’ti. C’est un mélange d’esthétique BD (beaucoup de plans ressemblent à des vignettes « ligne claire »), de burlesque (Machin-Malfoy c’est Laurel et Hardy), de mystique (l’auteur n’a pas oublié qu’il est le réalisateur de La vie de Jésus) et de satire sociale au scalpel. Mais par-dessus tout, la « Dumont touch » est caractérisée par une aversion – remarquable par les temps qui courent – pour le politiquement correct. On serait même dans la provocation : les gens du Nord, ici, n’ont pas dans le cœur le soleil qu’ils n’ont pas dehors ! La banderole des supporters du PRG n’est pas très loin car le scénario de Ma Loute est bâti sur un affrontement entre prolos anthropophages et bourgeois incestueux.

Les acteurs professionnels (Fabrice Lucchini, Juliette Binoche, Valeria Bruni-Tedeschi, Jean-Luc Vincent) sont tout simplement désopilants. Les autres personnages, comme c’est la règle chez Dumont, sont joués par des amateurs bluffants avec leur accent à couper au couteau et leurs trognes d’anthologie.

Bref, producteur, je signerais sans hésitation pour les dix prochains polards ch’tis de Dumont : un placement d’avenir !

I, Daniel Blake, Ken Loach, G-B

I, Daniel BlakeDaniel, un menuisier de 59 ans (Dave Johns) doit, à la suite de problèmes cardiaques, faire appel pour la première fois de sa vie à l’aide sociale. Au cours de ses pérégrinations, il rencontre Katie, mère célibataire de deux enfants (Hayley Squires), également prise dans les filets des aberrations administratives.

Avec ce film, Ken Loach stigmatise une société à la fois libérale et terriblement bureaucratique, impitoyable pour les exclus du système ou même les plus pauvres de celui-ci.

Pour ma part, je vois dans I, Daniel Blake un réquisitoire impitoyable contre le modèle anglais (notamment en matière de santé) tant vanté par nos « expats » londoniens, nos médias et certains de nos politiques.

par Patrick Mottard

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