Festival de Cannes : Roumanie twelve points

Entre réunions politiques et délibérations de fin d'année à l'Université, notre assiduité à Cannes en a pris un coup : seulement trois films entre mercredi et jeudi.

Le dernier Dardenne et deux œuvres (celles de Cristian Mungiu et Xavier Dolan) confirmant que l’édition 2016 est centrée sur la famille dont on ne sait toujours pas s’il faut l’aimer ou – à l’instar de l’ami Gide – la haïr !

La fille inconnue, Jean-Pierre et Luc Dardenne, Belgique

Un soir après l’heure de fermeture de son cabinet, Jenny, une jeune médecin généraliste, entend sonner mais n’ouvre pas car il est tard. Le lendemain, on retrouve non loin de là une jeune fille morte et sans identité.

Autour du thème de la culpabilité (lui aussi en vogue dans ce festival...), les frères Dardenne nous font plonger une fois de plus dans la désespérance sociale en terre wallone. Cette plongée que l’on sait révoltée et dénonciatrice depuis Rosetta est également teintée de fatalisme. Pour eux il faudrait, semble-t-il, se contenter d’admirer les belles âmes comme Jenny (admirable Adèle Haenel à l’humanisme buté...) qui s’efforcent de ramer à contre-courant. D’aucuns diront que c’est un peu court, pourtant ce n’est déjà pas si mal.

Baccalauréat, Cristian Mungiu, Roumanie

BaccalauréatRoméo (Adrian Titieni), médecin dans une petite ville roumaine, a tout mis en œuvre pour que sa fille Eliza (Maria Dragus) soit acceptée dans une université anglaise. Mais une agression va déstabiliser la lycéenne et mettre le plan de son père en péril.

Au-delà de cette nouvelle histoire de relation père-fille (comme dans Toni Erdmann), Mungiu (vainqueur en 2007) fait un portrait au vitriol de cette société roumaine tentée par l’Europe mais gangrenée par la corruption fabriquée sous le communisme. Une corruption de terrain où tout le monde est redevable de quelque chose à quelqu’un. Seule la dernière image du film suggère un avenir moins poisseux avec l’affirmation par la jeunesse de valeurs que l’on devine proches des standards européens.

Après ce deuxième film roumain de grande qualité de la sélection après Sieranevada, une deuxième Palme d’or neuf ans après 4 mois, 3 semaines, 2 jours n’est pas impossible. Alors pourquoi pas « Romania, twelve points » ?

Juste la fin du monde, Xavier Dolan, Canada

Après douze ans d’absence, un jeune écrivain gay retourne au Québec dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine. Mais entre rancunes, éclairs de lucidité, attentes irréalistes, rien ne se passera comme prévu. Pourtant, entre l’incompréhension, l’amour rôde.

Depuis quelques films Xavier Dolan est devenu le spécialiste des explorations de pathologies familiales lourdes. Et celle que révèle l’arrivée de Louis (Gaspard Ulliel) n’est pas légère. Bien servie par des acteurs français en forme (Nathalie Baye épatante, Marion Cotillard supportable, Cassel sobre... non là je déconne !), Dolan laisse libre cours à son pessimisme familial même si on a parfois l’impression que pour lui la famille est le pire groupe humain à l’exception de tous les autres !

par Patrick Mottard

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